La « trans » de la Reflex Gallery

La « trans » de la Reflex Gallery

La galerie ne paye pas de mine, une grande vitrine qui laisse voir l’intérieur, le grand espace blanc et surtout ces photos accrochées aux murs et qui en ont interloqué plus d’un. Ici, pas de paysages en noir et blanc, pas de clichés saturés de hipster, oubliez même les nus érotiques qui en gênent encore aux entournures. La galerie s’appelle « Reflex Gallery« , l’expo « Trans Egeria » et ceux qui trônent aux murs font tous partie du monde des transgenres. Petit tour du propriétaire…

On ne peut s’empêcher d’être captivé dès l’entrée. Deux étages sont occupés par les photographies et les vidéos : le rez-de-chaussée par les « réels » transsexuels, le premier étage par ceux qui sont affiliés au mouvement transgenre, qu’ils soient travestis ou androgynes. Ceux-là même qui ne sont qu’à moitié acceptés par les « vrais », un peu comme les bissexuels peuvent être rejetés par les gays. (à noter que je ne cherche vraiment pas le troll et prend bien toutes les pincettes nécessaires, *conditionnel powa*).

Amanda-Lepore-New-York-Mai-2010 by GABRIEL MOGINOT (corset de G. MOGINOT)

Ici, la majorité des photographies de transexuels sont des male to female. Pour certains, comme par exemple Amanda Lepore ou Allanah Starr, le ton est à l’hypersexualisation. La bouche est plus que pulpeuse, les seins énormes et la pose digne des pin-ups les plus affutées. D’autres jouent la sensualité simple, comme Léa T ou Dana International. Une vidéo projetée montre quelques bribes de le vie de Jin Xing, ancien militaire (mâle) devenu danseuse et chorégraphe. La caméra n’est pas voyeuse, elle capture juste les instants du quotidien de ce personnage qui, en défendant ses convictions, est devenu le premier trans reconnu par l’état chinois.

C’est au final au premier étage que l’on croise la route des clichés véhiculés par les films, les travestis ultra-maquillés, aux faux cils sans fin et à l’attitude provocatrice affirmée : Andy Warhol s’affiche aux bras de deux travestis, Divine, la Supersize Queer Queen, étale son maquillage et ses formes généreuses. .. De l’autre côté de la salle, l’androgynie est reine : Jenny Shimizu dévoile son visage dans des clichés en noir et blanc, presque en toute simplicité.

Je me permet de dire « presque » car c’est grâce à ce genre d’exposition que l’on découvre en demie teinte le chemin parcouru par les transgenres et le poids reposant sur les épaules de leurs « égéries ». En 1969, les émeutes de Stone Wall projetaient la question des droits des gays et lesbiennes sur le devant de la scène. 2006 : les principes de Jogjakarta sont signés par 26 personnalités politiques. Le mariage homosexuel, l’adoption sont encore des sujets à traiter. Ne parlons même pas des mentalités qui traînent encore de la patte.

Allanah STARR by JAMES SMITH Images

Les photographies sont affichées en pleine lumière, sans fausse pudeur ou rougissement fugitif. Mais pour autant, on est bien loin des « freak shows » qui peuvent bien souvent être amenés par ce genre de sujet. Aurélie, la coordinatrice de la gallerie, me l’explique d’ailleurs. L’évènement « Trans Egeria » est une première mondiale. Jamais les trans n’avaient eu une exposition consacrée à leur seule existence. Raison de plus pour viser juste.  Ces clichés ne sont pas des provocations jetées aux yeux du monde mais bien des preuves de la place que nos pairs,  ces personnes/personnages ont gagné dans la société d’aujourd’hui. Dana International a été récompensée à l’Eurovision en 1998, Lea T. est devenu l’égérie de Givenchy en 2010, sans oublier Buck Angel, célèbre transsexuel female to male, au physique déconcertant et à l’engagement irréductible dans la cause transexuelle. Tous ces visages, ces corps deviennent des hommes et des femmes qui ont achevé ou non leur transformation mais qui ont su trouver la force de mener à bien leur désir de métamorphose.

Cette exposition est un électrochoc dans le sens où elle ne laisse pas indifférent. Elle lance un questionnement, une discussion, une remise en question peut être. Elle remplit un peu l’âme, lui donnant les mêmes rondeurs que l’on aperçoit dans les recoins de cette galerie à ne pas perdre de vue !

La Reflex Gallery et son curator Frédéric Fontan posent un regard sur le mode et les tendances. Suivant un thème par année, 2011 a vu se dérouler « Art and Fashion Addiction » au fil des actualités et des figures. L’exposition « Trans Egeria » se prolongera jusqu’au 9 septembre, de 14h à 19h (si vous demandez gentillement, les portes peuvent s’ouvrir pour vous le matin, il suffit de téléphoner). Ne la manquez pas : dès le 11, ces égéries partent sur la route pour se dévoiler sur d’autres continents !

Informations : gallery@reflexgroup.com  - Téléphone 01.55.34.77.77

Adresse de la galerie : 62 rue Jean Jacques Rousseau, 75001 Paris. M° Etienne Marcel / Les Halles

Posted by Coline – Ancienne épicurienne irlandaise, je suis de retour dans cette bonne vieille France pour dépeindre ses travers et revers en long et en large. L'année prochaine me verra atterrir à Paris. Que de rebondissements entre les leprechauns et la tour Eiffel !

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